Neo Retro Games

Suikoden V

La fiche :

Gensô Suikoden V

Support : Playstation 2
Editeur : Konami
Développeur : Konami
Genre : RPG
Nombre de joueur(s) : 1
Sauvegarde : Memory Card, 113 KB
Difficulté : facile
Date de sortie japon : 23 février 2006
Date de sortie USA : 21 mars 2006
Date de sortie France : 22 septembre 2006

Mais où sont passées les jaquettes US défigurées de notre enfance ? En voyant l'accoutrement du héros, les gens de Konami ont pensé qu'il était inutile d'en rajouter.

Le mal de mer

Après un Gensô Suikoden IV en demi-teinte (alors que les trois premiers épisodes furent excellents), Konami tente visiblement de rectifier le tir avec un cinquième épisode empli de bonnes intentions. Et pourtant lorsqu'on constate que cette aventure débute par un voyage en mer, on prend soudainement peur, le traumatisme causé par le bateau de Suikoden IV, voire par la barque de Zelda The Wind Waker ne s'étant pas encore parfaitement apaisé. Mais rassurez-vous, la navigation maritime ne joue dans cet épisode qu'un rôle accessoire. Ouf.

D'emblée, les personnalités imaginées par Konami et les dialogues - doublés de façon très convenable - séduisent. Incarnant le prince du royaume de Falena, vous ferez rapidement la connaissance de personnages hauts en couleur comme votre pulpeuse tante Sialeeds, votre garde du corps Lyon, le chevalier Georg, votre mère Arshtat (la reine), et votre charismatique père Ferid. Vous revenez d'un éreintant périple qui vous a mené à Lordlake, un pauvre village asséché ayant subi la fureur de votre mère, et plus précisément de la fameuse et redoutable Sun Rune. Mais avant de profiter d'un repos amplement mérité dans le confort et la quiètude de votre chambre royale, vous tenez à revoir votre petite soeur Lymsleia à qui vous avez beaucoup manqué. (Tip : je vous recommande d'être toujours aimable dans vos choix concernant votre soeurette)

Et voilà, c'est parti pour une exploration du palais royal loin d'être récréative ! Fastidieuse, voire insipide, celle-ci constitue sans doute l'un des exemples que ne manqueront pas de citer ceux qui ont jugé poussives les dix ou quinze premières heures du jeu. Vous pourrez en effet lire un peu partout dans la presse papier et sur Internet que l'amorce de Suikoden V souffre d'une certaine lenteur et d'un frustrant manque de liberté. Personnellement, je l'ai trouvée très plaisante à défaut d'être captivante ; elle pose tout de même à merveille le décor et les bases du jeu, et introduit parfaitement les personnages et le contexte politique grâce à une qualité narrative et à une mise en scène remarquables. En revanche, et cela fait probablement partie des éléments à avoir échaudé les XenoFei666, Ashura75 et autres SFMedio sur les forums, vous ne bénéficiez pas réellement du contrôle de vos troupes durant ces premières dix heures. De plus, les nombreux dialogues risquent de vous paraître rébarbatifs car on joue au final assez peu lors de cette longue entrée en matière. Et le peu de temps qu'on passe à vraiment jouer, on le consacre à s'égarer dans les couloirs labyrinthiques du palais royal à chercher Lymsleia, dans ceux du sénat ou encore dans la Stormfirst Arena, lieu enchevêtré au possible. Mais l'une des forces de ce Suikoden V réside sans conteste dans l'accroissement considérable de son intérêt au fil du jeu, au fur et à mesure que celui-ci vous dévoile sa richesse, ses subtilités et surtout son palpitant scénario signé Kazuyoshi Tsugawa (ce dernier a notamment travaillé sur Eternal Arcadia auparavant).

Deux cannibales discutent : "T'as fini de manger ? T'en es où ? - J'en suis qu'aux dents" ("blague" régulièrement sortie par Selis)

L'intrigue en béton armé et l'ambiance assez fantastique constituent donc deux des principaux points forts de Suikoden V, qui propose tout comme les opus précédents une ribambelle de personnages au design très soigné, très bien introduits et de ce fait, très vivants. On regrettera toutefois quelques personnages un peu ridicules, voire irritants commes les castors, Lyon - garde du corps frêle et fragile âgée de seize ans - , Miakis, Roy, Lymsleia ou Euram... Les japonais en ont encore un peu trop fait à mon goût dans le registre "Kawaii". On notera également une légère tendance au féminisme qui semble forcée, peu naturelle, avec notamment les gardes du corps de sexe féminin, la reine, la tacticienne Lucretia et un héros très effeminé avec sa longue chevelure, ses expressions niaises, ses collants de combats et sa fine silhouette. Là encore, Konami a commis quelques excès, en souhaitant sans doute se montrer "moderne". Malgré tout, l'univers de Suikoden V demeure dans l'ensemble une réussite.

Les véritables reproches que l'on peut formuler à l'encontre de ce RPG d'un grand classicisme concernent en premier lieu les incessants temps de chargement, qui interviennent à chaque changement d'endroit, et évidemment avant et après chaque combat. Les plus mauvaises langues déclareront même que l'on peut lire trois fois La Pensée et le Mouvant d'Henry Bergson en comprenant tout ou 146 fois L'Equipe (en comprenant tout également mais là c'est normal) tout en pratiquant le jeu. Pour ne rien arranger, l'immense majorité des combats se révèlent répétitifs et aussi vides et inintéressants qu'un discours de Sophie Marceau au festival de Cannes, puisque 95% peuvent se jouer en "Auto". On restera également sur sa faim en ce qui concerne les donjons, rares et plutôt courts.

Toujours au chapitre des griefs, on mentionera le manque de rapidité et de d'ergonomie des menus : l'apparition des interfaces est soumise à un petit temps de latence, et la façon dont se font le choix des personnages et de la formation, ou la sélection des troupes lors des batailles souffre d'une certaine lourdeur.

Venons-en justement à ces phases tactiques, qui se déroulent cette fois à la façon d'un RTS simplet pour enfants de cinq ans. C'est du moins ce que l'on pourrait croire au premier abord, mais ces phases comportent plus de subtilité qu'il n'y paraît : outre le basique rapport de force "pierre-papier-ciseaux" (les archers battent la cavalrie qui anéantie l'infanterie, qui elle triomphe des archers) à respecter scrupuleusement pour éspérer la victoire, il vous faudra bien choisir votre leader en fonction de son charisme pour chacune de vos unités de combat, et veiller également à sélectionner un bon général et un bon assistant de façon à disposer de compétences efficaces (sorts d'attaque à distance, guérison, etc.) et de bonus affectant les caractéristiques de l'unité. (Attaque plus puissante, défense plus solide, etc.)

Les phases de combat classiques, elles, impliqueront six de vos personnages (vous pourrez également inclure quatre remplaçants au sein de votre équipe), comme dans Suikoden I, II et III, alors qu'à ce niveau, le IV commettait un véritable sacrilège puisque seulement quatre de vos héros prennaient part à ces affrontements. Cet exemple illustre à merveille la volonté de Konami de revenir aux sources et de faire plaisir aux fans.

Un titre techniquement faible

Abordons maintenant l'un des sujets qui fâchent : la faiblesse technique de ce titre, franchement minimaliste pour un jeu sorti en 2006. Loin d'être laids, les graphismes auraient certainement gagné à être tout simplement en pure 2D, au lieu de quoi nous nous retrouvons ici avec un gameplay 2D au sein d'une 3D moyenne et sans ambition. Bref, de quoi repousser le joueur occasionnel - qui reluquera rapidement l'arrière de la jaquette à Carrefour avant de la reposer -, mais certainement pas les fans, habitués à la réalisation moyenne des épisodes précédents et conscients que l'intérêt d'un Suikoden se situe ailleurs.

Côté bande-son, comme à l'accoutumée, les musiques ont été composées avec beaucoup de style et de soin. On regrettera leur relative discrétion, même si nous somme loin de l'ambiance sonore excessivement feutrée d'un Suikoden III.

Un recrutement complexe... Pour le recruteur

Si certains DRH sadiques aiment faire souffrir leurs recrues potentielles, ici, ce sont ces dernières qui vous donneront du fil à retordre : dans la sempiternelle quête des 108 étoiles, beaucoup de personnages peuvent être manqués : la recours à la triche (autrement dit à la consultation d'une solution) est donc quasiment obligatoire, au vu des conditions de recrutement beaucoup plus complexes que dans les opus précédents. Pour certains personnages, vous ne disposez en effet que d'une période limitée pour vous attacher leurs services ; de plus, les mécanismes qui aboutissent à leur recrutement définitif sont loin d'être toujours intuitifs et logiques.

Mis à part cela, Suikoden V se révèle d'une facilité déconcertante du début à la fin. Les combats, les duels, les donjons, les boss et les phases de RTS ne posent aucun problème. Le challenge se situe donc plutôt au niveau de la quête des 108 étoiles, qui vaut d'ailleurs clairement le coup d'être menée à bout : la meilleure fin possible constitue une belle récompense qui procure un sentiment de grande satisfaction.

Les vraies richesses

Au final, malgré ses quelques tares, Suikoden V constitue une franche réussite, en particulier grâce à un scénario en béton qui devient carrément surpuissant à la fin avec son lot de complots, de trahisons et de révélations. Dotée d'une durée de vie très importante (bien plus que celle des épisodes I, II et IV), Suikoden V jouit d'une grande richesse : 108 personnages aux caractéristiques bien définies, énormément de mini-jeux : cartes, échecs, pêche, courses de dragon, et toujours une multitude de services et d'activités au sein du château : un restaurant, une libraire, une agence de détectives, un journal d'informations, une boîte aux lettres vous permettant de correspondre avec vos personnages, une ferme... Difficile d'exploiter le jeu à 100% tant il regorge de possibilités ! Konami signe donc avec ce cinquième épisode un retour à l'excellence des trois premiers épisodes : il s'agit sans problème d'un RPG à acheter en priorité. J'ai dit.

Photos gentiment dérobées sur gamesradar.com
De rage, le prince balança son pot de gluant ectoplasmique SOS Fantômes au visage du malotru ayant osé se moquer de son sweat orange.
Même les personnages du jeu se montrent perplexes et craintifs face à la mer et aux bateaux, qui leur rappellent de mauvais souvenirs liés à Suikoden IV.
Personnages ultra classes comme ce castor, graphismes au top du top et temps de chargement : tout va bien dans l'univers de Suikoden V.

Gustav XIII

Graphismes 12/20 Le point de vue choisi pour la répresentation des déplacements prête à discussion. Techniquement, le soft paraît très en retrait des autres productions de son époque, mais l'ensemble demeure honnête, voire plaisant.
Musiques 16/20 Il s'agit d'une bonne habitude des Suikoden : la bande son a fait l'objet de beaucoup de soin.
Maniabilité 12/20 Pas de problème particulier concernant la jouabilité, mais on déplorera la lenteur d'affichage des menus ainsi que le manque d'ergonomie de certaines interfaces. Impossible également de passer sous silence les innombrables temps de chargement.
Durée de vie 19/20 Suikoden V bénéficie d'une excellente durée de vie. Il vous faudra au moins 30 heures pour le terminer en ligne droite, entre 45 et 70 heures pour le finir avec les 108 personnages, et facilement plus de 80 heures si vous prenez le temps d'approfondir chaque aspect du jeu tant le menu se révèle copieux : les personnages, les sorts, les objets et les mini-jeux abondent.
Innovation, originalité 10/20 Nous retrouvons, certes avec bonheur, les runes, les armes à forger, les duels, le système de combat et d'expérience, les objets à faire jauger, la base qui se développe avec l'arrivée de nouvelles recrues, etc. Mais force est de constater que les éléments nouveaux se font rares : on notera simplement les formations de combat et le déroulement façon RTS des batailles.
Appréciation globale 16/20

Très riche, vaste, long, et doté d'un scénario tout bonnement surpuissant, Suikoden V vous invite à un envoûtant voyage dont l'intérêt s'élève au fil des heures, en dépit de quelques faiblesses très pardonnables.


Repères : place dans la série
Sortie japonaise Titre Machine Versions occidentales
15 décembre 1995 Gensô Suikoden Playstation Décembre 1996 : Playstation US : Suikoden
Avril 1997 : Playstation Pal : Suikoden
29 novembre 1996 Gensô Suikoden (Playstation the Best) Playstation  
17 septembre 1998 Gensô Suikoden Saturn  
17 décembre 1998 Gensô Suikoden II Playstation 31 août 1999 : Playstation US : Suikoden II
28 juillet 2000 : Playstation Pal : Suikoden II
9 décembre 1999 Gensô Suikoden II (Konami the Best) Playstation  
21 septembre 2000 Gensô Suiko Gaiden Vol. 1 Harmonia no Kenshi Playstation  
22 mars 2001 Gensô Suiko Gaiden Vol. 2 Crystal Valley no Kettô Playstation  
13 septembre 2001 Gensô Suikoden Card Stories Game Boy Advance  
31 septembre 2001 Gensô Suiko Gaiden Vol. 1 Harmonia no Kenshi (Konami The Best) Playstation  
22 novembre 2001 Gensô Suiko Gaiden Vol. 2 Crystal Valley no Kettô (Konami The Best) Playstation  
11 juillet 2002 Gensô Suikoden (PSOne Books) Playstation  
11 juillet 2002 Gensô Suikoden II (PSOne Books) Playstation  
11 juillet 2002 Gensô Suikoden III Playstation 2 24 octobre 2002 : Playstation 2 US : Suikoden III
11 juillet 2002 Gensô Suikoden III Konami Style Limited Edition Playstation 2  
5 juin 2003 Gensô Suiko Gaiden Vol. 1 Harmonia no Kenshi (PSOne Books) Playstation  
5 juin 2003 Gensô Suiko Gaiden Vol. 2 Crystal Valley no Kettô (PSOne Books) Playstation  
5 juin 2003 Gensô Suikoden III (Konami the Best) Playstation 2  
19 août 2004 Gensô Suikoden IV Playstation 2 11 janvier 2005 : Playstation 2 US : Suikoden IV
25 février 2005 : Playstation 2 Pal : Suikoden IV
19 août 2004 Gensô Suikoden IV Limited Edition Playstation 2  
2 septembre 2004 Gensô Suikoden III (Konami Dendô Collection) Playstation 2  
7 juillet 2005 Gensô Suikoden IV (PlayStation2 the Best) Playstation 2  
22 septembre 2005 Rhapsodia Playstation 2 8 novembre 2005 : Playstation 2 US : Suikoden Tactics
24 février 2006 : Playstation 2 Pal : Suikoden Tactics
23 février 2006 Gensô Suikoden I + II PSP  
23 février 2006 Gensô Suikoden V Playstation 2 21 mars 2006 : Playstation 2 US : Suikoden V
22 septembre 2006 : Playstation 2 Pal : Suikoden V
23 février 2006 Gensô Suikoden V Limited Edition Playstation 2  
16 novembre 2006 Rhapsodia (Konami the Best) Playstation 2  
7 décembre 2006 Gensô Suikoden V (PlayStation 2 the Best) Playstation 2  


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