Neo Retro Games

SNATCHER

La fiche :

CYBERPUNK ADVENTURE SNATCHER

Support : SEGA CD
Editeur : Konami
Développeur : Konami
Genre : Digital Comic remarquable, aventure, enquête
Nombre de joueur(s) : 1
Sauvegarde : Oui, 4 fichiers
Difficulté : facile
Date de sortie USA : 15 décembre 1994
Date de sortie France : 15 décembre 1994

Contrairement à ce que l'on pourrait s'imaginer, ce ne sont pas nos amis américains, pourfendeurs de jaquettes devant l'éternel, qui ont réalisé l'artwork de la cover ci-dessus. On retrouve en effet cette image en couverture du manuel de la version PC Engine notamment. Bien entendu, ces sacrés ricains ont tout de même sélectionné avec le plus grand soin l'un des artworks les moins réussis, mais compte tenu de leurs prodigieuses et légendaires capacités en altération de packaging, cela aurait pu bien plus mal tourner. Les versions les plus réussies de la jaquette demeurent à mon avis celles des versions PC-8801 et MSX2, très classieuses.

Merci Konami USA !

Sans atteindre des proportions "Xenogearsiennes" ou "Sivergunniennes", le petit culte manifesté à l'égard de Snatcher éveille inévitablement l'attention. Ce programme à la fois vénéré et (relativement) confidentiel peut en effet s’enorgueillir de faire quasiment l'unanimité auprès de ceux qui l'ont pratiqué. De par son genre, le titre de Konami, rejeton de la famille des Digital Comic, ne part pourtant pas sur des bases forcément très séduisantes. "Digico" : le terme évoque en effet plus le soft de série B pour otaku (voire le limited box "limite pédophile style" qu'on ne sort pas de son blister ; Meilleures salutations à Orgo au passage !) que le mega hit en puissance.

A l'origine un titre sorti sur PC-8801 mk II et MSX2 en 1988, nous retrouvons donc Snatcher dans une version SEGA CD (ou MEGA CD en PAL) reprenant grosso modo le contenu de la version PC Engine Super CD-Rom² datant de 1992. Dieu soit loué, Konami n'a pas récupéré au passage le jeu de mots assez foireux ("CD-ROMantic") du sous-titre de cette version Nec ! Notez bien qu'étonnamment, Snatcher n'existe pas sur Mega CD jap. C'est bien Konami USA qui nous a offert sur un plateau en argent cette petite gâterie, dans l'espoir de permettre au support Sega CD de percer aux Etats-Unis. L'opération se révéla bien entendu un échec cuisant (seuls quelques milliers d'exemplaires auraient été écoulés), mais lorsque la qualité se révèle au rendez-vous, comme c'est le cas avec ce titre fabuleux, on ne peut que louer une telle initiative, même treize ans après ! Merci donc aux petits gars de Konami USA ! Force est de constater qu'ils ont carrément assuré en permettant aux occidentaux de profiter pour la première fois de ce petit bijou !

Photos piquées (notamment) sur http://hg101.classicgaming.gamespy.com/
Au quartier général, c'est la ravissante Mika et son magnifique siège kaki qui vous accueilleront.

-Je songe de plus en plus à revendre mes prototypes et mes HuCARDs Caravan afin de recommencer une vie normale...
-Oooh, Gillian...

Mr Ueda, Dracula, Simon Belmont, Goemon, Jimbo et Sully de Contra III, Sparkster... Tout ces jeunes gens sont déguisés en personnages de jeux vidéo datant de la fin du vingtième siècle. Probablement de grands enfants nostalgiques. Pathétique ;) L'analyse cervicale de Monsieur F a démontré un niveau de prétention anormal, ainsi qu'une tendance aux mensonges gros comme une maison. Symptôme troublant de cette melonite : le sujet raconte sans arrêt des anecdotes sur des japonais.
Au siège des éditions J, F ou P, il arrive parfois que des pigistes viennent réclamer leur salaire. Tout le monde a un poster de Marilyn Monroe (heu... Madonna en fait sur Mega CD)
Tout le monde veut que tout le monde l'aime
Mais personne n'aime tout le monde

Bienvenue chez les JUNKERS

Considéré comme la séquelle spirituelle du jeu Policenauts (même si ce dernier n'est paru qu'après), Snatcher narre la passionnante aventure du célèbre Gillian Seed, un amnésique venant de s'engager chez les JUNKERS, un sigle signifiant "Judgement Uninfected Naked Kind & Execute Ranger" en version japonaise et "Japanese Undercover Neuro-Kinetic Elimination Rangers" en version américaine. Sans vouloir se montrer sévère avec le niveau d'anglais de nos amis japonais, le sigle US renferme déjà beaucoup plus de sens... Les JUNKERS consistent en un organisme singulier, chargé de traquer les fameux Snatchers, des êtres vivants artificiels représentant une terrible menace, puisqu'ils tuent leurs victimes humaines avant de reprendre comme des fourbes leur place en société. Personne ne comprend d'où viennent ces bioroids, ni quel est le but de leur infiltration. A vous donc de mener votre enquête dans un Neo Kobe particulièrement sombre et mystérieux, en cette année 2047...


Image dérobée sur http://junkerhq.net

Par rapport à la version Nec, on remarque d'emblée durant l'introduction quelques petits ajouts plutôt bienvenus comme le dialogue avec Jamie (la belle femme blonde de Gillian qui a elle aussi perdu la mémoire) qui ne figurait que sous forme de bande dessinée dans le manuel du jeu sur PC Engine. Toujours pendant cette intro, on retrouve avec grand plaisir le superbe thème "One night in Neo Kobe City", qui remplace donc, dans les versions PC Engine et Mega CD, la musique d'origine "Twilight Of Neo Kobe City". Et si les musiques lues sur CD se montrent excellentes dans les deux versions, les mélodies issues du processeur sonore me semblent bien meilleures dans leur version Mega CD. Version US oblige, certains prénoms ont subi de légères modifications (Jaime = Jamie, Randam = Random, Katherine = Katrina...) sans véritable raison apparente... On notera également quelques différences graphiques plutôt minimes comme le poster de Marilyn Monroe remplacé par une affiche de Madonna sur Mega CD ;)

Pour le reste, pas de surprises, Snatcher demeure ce génial Digital Comic parvenant à dépeindre une sensationnelle atmosphère, à la fois obscure et futuriste, très inspirée du film "Blade Runner". Très textuelle et plutôt statique, l'oeuvre de Konami se joue quasiment entièrement par le biais de menus (move, look, investigate, ask, etc.). Et pourtant, au bout de quelques minutes à peine, Snatcher réussi à faire oublier au joueur qu'il se trouve face à des images fixes et du texte pour le plonger complètement dans une palpitante aventure, enrichie par quelques phases de tir en vue subjective (sur une grille de neuf cases disposée en 3 X 3), qui peuvent, pour plus d'excitation encore, se jouer avec le pistolet turquoise de Konami, le Justifier.

L'aventure débute au Junker Headquarter, où Gillian rencontre la charmante Mika Slayton, qui se chargera de lui faire visiter la maison. Gillian fera rapidement connaissance avec le chef des Junkers, Benson Cunningham, et Harry Benson, le génial ingénieur. Ce dernier lui remettra son blaster, l'arme des "runners", c'est-à-dire ceux qui enquêtent directement sur le terrain et réalisent ainsi le travail le plus dangereux chez les Junkers. Harry présentera surtout à Gillian celui qui lui servira de navigateur personnel : le bien nommé Metal Gear MKII, un petit robot - parfois un peu trop bavard ! - doté d'une multitude de capteurs (détecteur de mouvement, détecteur d'infrarouge, etc.) qui fait également office de vidéophone, le principal outil de communication en 2047. Et avec Snatcher, pas de temps mort ! A peine les présentations terminées, voilà que Jean-Jack Gibson, votre collègue runner, appelle le quartier général afin de réclamer du renfort ! Gillian grimpe donc dans son turbocycle, le véhicule des runners, afin de rejoindre Jean-Jack dans un mystérieuse usine désaffectée... Et tout le jeu se déroule à ce rythme parfait : quand un semblant d'ennui commence à peine à pointer le bout de son nez (alors qu'on vient de se farcir 15 "investigate" et 36 "look" d'affilée par exemple), un rebondissement surgit pile poil au bon moment afin de relancer l'action. Grâce à ce timing parfait, à cette alternance brillamment menée entre temps faibles et temps forts, et à un scénario d'enfer, Snatcher demeure captivant de bout en bout. Terriblement prenant, il réussit à entretenir une folle envie d'y jouer tant qu'on n'en a pas vu la fin. D'autant plus que le parfait dosage entre les dialogues, les phases de recherche et les phases de tir résulte en un équilibre fantastique.

L'immersion est totale avec notamment des passages impliquant réellement le joueur (lorsqu'il lui est par exemple demander d'augmenter le volume de sa télé et de bien écouter !), et on prend rapidement son pied à fouiller partout afin de faire avancer l'enquête. Mais on s'amuse aussi à faire l'idiot en reniflant l'odeur de la jolie Mika ou en composant, en enquêteur indigne, le numéro du téléphone rose sur son vidéophone ! Ce digico dispose d'ailleurs d'un côté coquin assez développé, puisqu'il est possible de faire des avances à quasiment toutes les femmes du jeu (alors que Gillian est marié !) ou de taper tranquillos la discute avec une danseuse très légèrement vêtue, la séduisante Isabella Velvet. Je ne vous en dis pas plus afin de vous préserver le plaisir de la découverte !

Quel scénario !

Autant être clair : le scénario, les personnages et l'ambiance sont à mourir de bonheur ! Très intrigante, l'histoire, découpée en trois actes, vous amènera à vous interroger sur une multitude d'éléments. Qui sont réellement Gillian et Jamie Seed ? Pourquoi ont-ils perdu la mémoire ? Qui est réellement ce mystérieux informateur que vous croiserez plusieurs fois au cours de l'aventure ? Quels sont l'origine et l'objectif des snatchers ? La qualité du script est telle qu'elle installe confortablement l'intrigue de Snatcher au sein du top 10 des meilleurs scénarios de jeux vidéo. A côté d'une telle merveille, les trames d'un Final Fantasy VI, d'un Suikoden V, d'un Valkyrie Profile ou encore d'un Gyakuten Saiban 3 feraient presque figure de gribouillages d'enfants de maternelle ! Les nombreuses surprises, les dialogues d'un style mature et d'une grande qualité (au passage, la traduction anglaise est véritablement excellente), les personnages terriblement charismatiques (comme le chasseur de primes Random Hajile et sa super musique), leur crédibilité et leur épaisseur, font jouer Snatcher dans une toute autre cours, celle des très grands. On notera en particulier la relation entre Gillian et sa femme Jamie, touchante par son ambiguïté et son romantisme. Evidemment, jouer en japonais sans comprendre un mot ne sert ici strictement à rien. Si vous parlez japonais, la version PC Engine est celle que je vous recommande chaudement : non censurée (au contraire de la version Mega CD qui nous prive de quelques images appréciables) et pas chère, elle fera parfaitement l'affaire. Si en revanche vous ne lisez pas le japonais et que vous n'avez pas encore eu la chance de jouer à cette petite merveille, ruez-vous vite sur la version Mega CD ou Sega CD ! Je vous déconseille vivement les versions Saturn et Playstation et leurs horribles cinématiques en 3D, ainsi que les versions originelles tournant sur PC-8801 mk II et MSX2, qui ont pour principal défaut de ne pas contenir le troisième acte. Un conseil d'ami en passant : évitez au maximum de trop vous renseigner sur le jeu et de regarder trop de screenshots : des tonnes de spoilers traînent un peu partout sur le net, certaines images étant bien trop riches en révélations.

Avec Snatcher, Hideo Kojima a visiblement voulu créer un soft différent de ceux de l'époque, en s'appuyant davantage sur la qualité exceptionnelle du scénario que sur celle du gameplay. Résultat, à une trame excellente s'oppose un gameplay extrêmement limité : peu élaboré, il vous propose un panel d'actions assez restreint, et il vous faudra très fréquemment effectuer plusieurs fois de suite les actions "look" et "investigate" afin de déclencher l'étape suivante. Alors ils sont bien gentils chez Konami, mais une option "ramasser" par exemple n'aurait pas été du luxe... On déplorera également la linéarité excessive du jeu. Même si ce programme vous laisse vous déplacer où bon vous semble et qu'il vous appartient de prendre certaines initiatives (téléphoner ou effectuer des recherches sur Jordan, l'ordinateur principal du Junkers HQ), cela ne suffit pas à masquer l'absence d'alternatives à l'unique déroulement possible.

Au rayon des faiblesses, on mentionnera également la durée de vie rikiki (huit heures seulement) et la trop grande facilité du jeu : ni les phases de tir, ni les quelques codes et réponses à saisir ne représentent des obstacles difficiles à surmonter. En fait, seule une séquence bien lourdingue de profilage d'un criminel sera susceptible de ralentir l'avancée du joueur honnête qui ne recourra pas à gamefaqs.

Décevant au niveau de ses ventes américaines, Snatcher est devenu un véritable jeu culte, en dépit de ses quelques défauts. Tout au long de l'histoire, on se régale des nombreuses références cinématographiques (entre autres "Blade Runner", "Terminator", "Dune" ou "Blue Velvet") et de la multitude de clins d'oeil à d'autres jeux Konami de l'époque. La palette d'émotions suscitées se montre étonnamment complète, ce CD-Rom touchant à tous les genres : notamment le polar et l'humour (les échanges entre Gillian et Metal sont tordants !), avec une pincée de romantisme et un très léger érotisme. Avec toutes les femmes qu'il comporte, ce soft ne manque pas de charme ! Revers de la médaille : outre son caractère un peu abrupt, la fin se révèle du coup un grand moment de mièvrerie intense assez décalé par rapport au reste du jeu. Rassurez-vous, je n'en dévoilerai évidemment pas plus ! (Maintenant, les gens vous assassinent pour un petit spoiler, alors qu'auparavant, Consoles+ affichait carrément des photos de la fin des jeux ! Les moeurs ont bien changé) Bref, avec Snatcher on touche au chef-d'oeuvre intemporel : grâce à son sublime scénario et à sa réalisation efficace, ce jeu ne vieillira jamais. Alors, pourquoi 17/20 seulement ? Parce que c'est moins bien qu'Actraiser quand même ! Comment ça, ce n'est pas comparable ? "What? I can't hear you!" ;)

Gustav XIII


Graphismes 14/20 Les graphismes n'ont rien de bien transcendant mais se révèlent très efficaces : bien soutenus par les musiques et les textes, ils vous plongent entièrement dans l'aventure. Les scènes cinématiques sont splendides.
Musiques 16/20 De somptueuses musiques CD. Les mélodies issues du processeur sonores impressionnent forcément moins, mais demeurent d'assez bonne facture, bien qu'assez répétitives. On soulignera également la très grande qualité des doublages, très clairs et tout à fait intelligibles ; seule la voix de Metal Gear, un peu trop aiguë (pas étonnant puisque c'est une femme qui le double) me paraît complètement ratée, voire ridicule. Cela dit Metal avait déjà une voix de femme sur PC Engine. De très bons bruitages par ailleurs (bruit de pas, jingle accompagnant la résolution d'une énigme, etc.).
Maniabilité 14/20 Les menus manquent d'ergonomie et d'options. En dehors de cela, rien à signaler.
Durée de vie 08/20 Un soft très court qu'on dévore en huit heures seulement.
Innovation, originalité 18/20 Sorti sur Sega CD à l'époque des débuts japonais de la Saturn et de la Playstation, Snatcher est passé inaperçu. Pourtant, la qualité exceptionnelle de son intrigue et de ses dialogues en font un jeu unique, réellement différent des autres.
Appréciation globale 17/20 Objet d'un véritable culte sans doute justifié, Snatcher se détache par son scénario absolument sensationnel, sa qualité époustouflante de mise en scène et de narration, ainsi que par ses fascinants personnages. En dépit d'un gameplay quasiment réduit au strict minimum et d'une extrême linéarité, il réalise, compte tenu de son âge, un étonnant tour de force : faire intensément ressentir une multitude d'émotions par le biais d'un jeu vidéo constitué de simples textes et images fixes.


Repères : place dans la série
Sortie japonaise Titre Machine Versions occidentales
26 novembre 1988 Snatcher PC-8801 mk II  
23 décembre 1988 Snatcher MSX2  
27 avril 1990 SD-Snatcher MSX2  
7 août 1992 Snatcher Pilot Disk PC Engine Super CD-Rom²  
23 octobre 1992 Snatcher CD-ROMantic PC Engine Super CD-Rom²  
  Snatcher   SEGA CD : 15 décembre 1994
MEGA CD : 15 décembre 1994
16 février 1996 Snatcher Playstation  
29 mars 1996 Snatcher Saturn  


2007 - Neo Retro Games