Neo Retro Games

HOTEL DUSK Room 215

La fiche :

HOTEL DUSK Room 215
(Wish Room Tenshi no Kioku)

Support : Nintendo DS
Editeur : Nintendo
Développeur : Cing
Genre : Jeu d'aventure / Roman policier interactif
Nombre de joueur(s) : 1
Sauvegarde : 3 fichiers
Difficulté : facile
Date de sortie Japon : 25 janvier 2007
Date de sortie USA : 22 janvier 2007
Date de sortie France : 13 avril 2007

Depuis que les américains ont cessé de redessiner à leur sauce les jaquettes des jeux localisés aux USA, c'est devenu nettement moins drôle. Cet artwork de bon goût parfaitement représentatif du jeu ne fera rire personne. "Covers" de jeux Turbografx 16, Nintendo Entertainment System et Genesis, revenez !

Take on me, take me on, I'll be gone in a day or two

Les années 80, l'époque des chansons ringardes, des coupes de cheveux les plus délirantes, et où tout le monde portait des vêtements tout droit sortis des placards de l'Armée du Salut, semblent vraiment à la mode depuis quelques temps. Quelle horreur ! Neo Retro Games va donc se contenter de suivre la tendance en évoquant des souvenirs à deux francs datant de ces années honteuses ? Pas de panique, les cheveux longs, les moustaches et les tenues fluo, ce n'est pas pour tout de suite sur NRG : ça serait mauvais pour votre confort intellectuel et donc pour votre bien-être. Et rappelez-vous, ici sur NRG, nous oeuvrons pour votre bien-être, à vous, nos visiteurs adorés (et imaginaires, comme un certain Sam Player ou un Kaneda Kun ?).

Bref, tout cela pour évoquer l'étonnante ressemblance entre la représentation graphique de HOTEL DUSK Room 215 et celle du clip "Take on Me" datant de 1985, oeuvre du groupe norvégien a-ha. En effet, les personnages sont dessinés de façon identique, en noir et blanc, et donnent l'impression de contempler une sorte d'esquisse animée réalisée au crayon de papier. Les plus jeunes d'entre vous, qui ne peuvent pas savoir de quoi je parle, sont invités à aller faire un tour sur youtube, histoire de se cultiver un peu. Allez, zou !


Pas d'inquiétude, les années 80 sont juste de passage sur Neo Retro Games

L'élément permettant à HOTEL DUSK Room 215 de se dégager instantanément du lot reste donc bien entendu son style graphique audacieux et fantasque, mêlant avec bonheur 2D et 3D. Dévisager les personnages crayonnés constitue un véritable régal, et la 3D illustrant les déplacements du héros dans les couloirs de l'hôtel Dusk s'avère plutôt jolie. En fait, en tenant sa DS à la verticale, en mode livre - puisque c'est ainsi que ce soft se joue - on a un peu la sensation d'avoir entre les mains l'artbook d'un artiste peintre, contenant ses ébauches au crayon mine et ses travaux à l'aquarelle. Visuellement, c'est donc à une magnifique réussite pleine de charme que nous avons affaire !

Le polar du jeudi soir ?

Les petits gars de Cing, les créateurs d'Another Code (Trace Memory en version US), nous livrent donc ici un produit à l'apparence raffinée, qui consiste en un soft à mi-chemin entre le roman graphique interactif et le jeu d'aventure à l'ancienne sur Micro. Vous y incarnez Kyle Hyde, héros solitaire un brin bougon - mais assez classe avec ses airs de tombeur - , à la recherche de son ex-coéquipier dans la police New-Yorkaise, le bien nommé Brian Bradley. Après avoir démissionné des forces de l'ordre, Mister Hyde travaille aujourd'hui en tant que VRP pour la société Red Crown. Avec ses manières un peu rustres, on ne peut pourtant pas soutenir que Kyle ait la fibre commerciale. Il s'agit même tout à fait du type de vendeur porte-à-porte venu vous vanter le mérite de ses brosses à dents et de son cirage qu'on préfère se contenter d'observer via le judas. Un jour, son patron, un sacré gaillard appelé Ed Vincent, l'envoie à l'Hôtel Dusk (d'où le titre) afin de récupérer une commande pour un client. Une fois sur place, Kyle comprend rapidement que cet hôtel renferme une multitude de secrets qui le conduiront sur les traces de Bradley (comme par hasard).

L'action de HOTEL DUSK Room 215 a donc pour cadre un hôtel californien et prend place en 1979, ce qui justifie parfaitement le choix graphique pour lequel a opté Cing. Et quand j'écris que le jeu a pour cadre un hôtel, c'est UNIQUEMENT un hôtel : ne vous attendez donc pas à visiter des rues mal famées ou des bars louches bondés de strip-teaseuses et de bandits, le jeu se déroulant intégralement à l'hôtel Dusk. Voilà qui risque sans doute de décevoir les amateurs de grands espaces urbains. En ce qui me concerne, je ne me suis jamais lassé de parcourir cet établissement, d'une part parce qu'il se révèle plutôt vaste, et d'autre part pour une raison tout à fait subjective : j'apprécie les séjours en solitaire à l'hôtel. Cela me rappelle toutes ces semaines que j'y passais en province pour le travail (3615 My Life). Les aventures du célibataire conquérant quoi ! Et c'est bien d'aventure qu'il s'agit, car bien qu'il soit défini par ses propres géniteurs comme étant un "interactive mystery novel", HOTEL DUSK Room 215 relève davantage du jeu d'aventure avec ses nombreuses phases d'exploration (l'un des écrans servant de carte et l'autre affichant une vue à la première personne en 3D) et ses objets à utiliser au bon endroit. Toutefois les TRES nombreux et interminables dialogues viennent justifier ce label de "intertactive mystery novel". Autant vous prévenir tout de suite, si vous n'aimez pas lire et que vous n'êtes pas armé d'un minimum de patience, mieux vaut laisser tomber. Si en revanche vous bouquinez régulièrement, le jeu risque de vous plaire, avec ses excellents dialogues, très bien traduits (la version anglaise constitue une véritable réussite), intelligents et teintés d'humour bien dosé. On mentionnera notamment les sarcasmes et l'ironie savoureuse de Kyle : "I was too busy stealing the towels".

Côté scénario, on a droit à une histoire bien construite, où tout s'emmêle pour finalement s'éclairer avec brio à la fin. Chacun des personnages que vous croiserez a son histoire, sa vérité, et tous ont un lien avec l'intrigue principale. Travaillés et réalistes, les autres villégiateurs bénéficient d'une épaisseur qui les rend particulièrement crédibles. Et croyez-moi cela fait un bien fou. Surtout si l'on vient de se taper un RPG mièvre à la Lunar dans lequel des adolescents agaçants sauvent le monde pour la énième fois (à mort Tales Of The Abyss !). Par contre, les clichés foisonnent et on devine souvent la direction dans laquelle va s'engager la trame. En fait, les japonais qui ont développé ce jeu ont un peu trop bien imité le style occidental, si bien qu'on a vaguement l'impression de jouer à un jeu d'aventure sur Amiga (en mieux), voire carrément de mater un polar de série B sur TF1 ou M6, du genre de ceux qui sont diffusés en deuxième partie de soirée, style Holywood Night en version proprette.

Photo "éditeur" présente un peu partout sur le Web. Pas de vol cette fois-ci donc.
-Salut, c'est Kyle Hyde ! Je passe mon temps à parler tout seul et à hocher la tête dans un hôtel. Quand je m'ennuie, je me fais un quiz mental en solo portant sur ce que j'ai fait durant les dernières heures.
-Oh, comme c'est mignon !
-Salut, c'est Kyle Hyde ! En matière de vol de barres de fer et de tournevis dans des placards, je suis la référence à acheter les yeux fermés, comme on dit dans les magazines de jeux vidéo.
-Oh, c'est très séduisant !
-Salut, c'est Kyle Hyde ! Avec des potes, on va faire un énième magazine français sur les RPG, à paraître en kiosque. On y parlera de Vagrant Story, de Final Fantasy XII et d'OST.
-Non mais ça ne va pas la tête ! Faut vous faire soigner, vous êtes malade !

Je suis Kyle Hyde

Du côté de la bande-son, la qualité est au rendez-vous avec une trentaine de thèmes tour à tour jazzy, mélancoliques, ou oniriques, qui exploitent les possibilités sonores de la DS de façon remarquable, contribuant ainsi considérablement à établir l'exquise ambiance "California Private Eye 1979" de ce titre.

Grâce à ces musiques et aux sublimes graphismes, HOTEL DUSK Room 215 s'avère très immersif. On se prend au jeu, on croit à l'histoire, aux personnages, et on se sent concerné par leurs tracas et leurs envies secrètes. Les aventures de Kyle deviennent les nôtres, et on se surprend à ressentir réellement la satisfaction d'un dîner succulent après une journée de dur labeur lorsque Rosa, la femme de chambre, vous sert un steak à l'ail dont elle a le secret. De la même façon, la valise coincée contenant votre argent fait éprouver l'inconfort procuré par la crainte de ne pas être en mesure de régler son séjour. Pourtant, le degré de liberté dont bénéficie le joueur est loin d'être exceptionnel. On passe quand même 50% de son temps à tapoter l'écran afin de faire défiler les dialogues. Et lorsque vous choisissez vos répliques, inutile de jouer les salopards, sinon c'est le game over bien brutal. Un peu comme quand on tabassait les prostituées dans Maupiti Island pour rigoler.

A part cela, la plupart des énigmes ne devraient vous poser aucun problème, mis à part deux ou trois dont la résolution s'avère légèrement tirée par les cheveux, comme le fourbe coup du stylo plume avec l'inscription illisible par exemple. Et que dire des quiz de fin de chapitre ? Ridicules de facilité, ils rappellent davantage les fiches de lecture bidons de nos huit ans qu'autre chose. Bref l'intérêt de cette petite cartouche ne se situe certainement pas dans son challenge, quasi inexistant, mais dans son ambiance et son scénario.

Photos dérobées sur http://www.ownage.nl
Cet homme a osé dire qu'il trouvait XexeX un petit peu mou et trop classique. Cela mérite la mort au minimum. Ah, la mort d'un hérétique, devant le soleil couchant d'un splendide New York en 1979... Qu'est-ce que c'est beau... (<- Psychopathe inside)
Mince, j'ai encore rêvé de Marie Meia...

-Bonjour, je suis une jeune femme aux grands airs mystérieux. Je me la pète avec mes lunettes. Je ne sers à rien.
-Salut, c'est Kyle Hyde ! Tu aimes le fil de fer, les tournevis et les barres de fer ?

Un agréable séjour

Irréprochable dans sa réalisation (une véritable leçon de style !), HOTEL DUSK Room 215 se révèle finalement discutable en substance. Plus d'énigmes et de liberté de manoeuvre et un poil moins de parlotte auraient en effet été appréciables. Mais ne boudons pas notre plaisir, avec son mode de représentation judicieux et ses 10 chapitres, ce titre tirant merveilleusement partie de la DS - il se joue entièrement au stylet - vous accompagnera de façon très plaisante dans le RER ou dans la salle d'attente du médecin, sans toutefois pouvoir prétendre atteindre le degré de hype nécessaire pour que Roy Makaay apprenne par coeur son titre en japonais ou pour qu'un célèbre corbeau ninja rédige un post cosmique de 3000 lignes dessus. Promis, je vous parlerai une prochaine fois des deux Sherlock Holmes Consulting Detective ou de Private Eye Doll sur PC Engine ! En attendant, sachez que les enquêtes de Kyle Hyde valent le détour si vous chérissez la lecture de textes, vous savez ces petits machins qui se baladent entre les photos.


Gustav XIII, oeil privé de Californie

Graphismes 17/20 Très séduisant, le graphisme raffiné de ce titre fascine, avec ses personnages crayonnés et ses teintes soigneusement étudiées. L'impression de contempler une esquisse réalisée au crayon de papier ravira votre regard. Beaucoup de style et d'originalité.
Musiques 17/20 Jazzy, mélancoliques, doux ou mystérieux : les trente-six thèmes proposés par Hotel Dusk peuvent tous s'enorgueillir de leur qualité remarquable. Exploitant parfaitement les possibilités sonores de la DS, ils vous plongeront merveilleusement dans la délicieuse ambiance "California Private Eye 1979" de ce titre.
Maniabilité 17/20 Très instinctif, le contrôle au stylet permet une prise en main immédiate et sans histoire. De plus, les deux vues, l'une en 3D, l'autre en 2D se complètement astucieusement. En outre, tenir la DS à la façon d'un livre se révèle très agréable. Ah, et ils ont même pensé aux gauchers, c'est très bien, gloire à eux !
Durée de vie 12/20 Entre quinze et vingt heures de jeu : c'est la longueur idéale pour un produit de ce type. Plus court, ç'aurait été insuffisant. Plus long, le soft serait devenu pénible.
Innovation, originalité 16/20 Mi polar interactif, mi jeu d'aventure au style graphique singulier, HOTEL DUSK Room 215 propose une expérience unique en son genre.
Appréciation globale 15/20

Excellent dans la forme, HOTEL DUSK Room 215 vous fera vivre un séjour inoubliable, à condition d'aimer lire. Le fond témoigne également d'un travail très approfondi avec notamment un excellent scénario et des personnages particulièrement crédibles.


Repères : place dans la série
Sortie japonaise Titre Machine Versions occidentales
25 janvier 2007 Wish Room Tenshi no Kioku Nintendo DS 22 janvier 2007 : Nintendo DS US : HOTEL DUSK Room 215
13 avril 2007 : Nintendo DS FRA : HOTEL DUSK Room 215


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